Que signifie encore « Libération » trois ans après le 30 août 2023 ? C’est probablement la question la plus importante posée par l’édition 2026 organisée à Makokou. Une date historique peut rapidement devenir un rituel si elle ne produit plus que des discours, des décorations et un défilé annuel. Brice Oligui Nguema semble en avoir mesuré le risque. Dans l’Ogooué-Ivindo, son pouvoir a donc cherché à déplacer le sens de la commémoration : de la libération politique vers ce que l’on pourrait appeler la libération du quotidien.
Se libérer, à Booué, c’est d’abord ne plus vivre sous la menace permanente d’un déficit de production d’eau. La nouvelle station inaugurée le 28 août ajoute 1 200 m³ de capacité par jour et fait passer la production totale à environ 1 800 m³, contre une demande estimée à 1 600. C’est également disposer d’un hôpital départemental rénové, avec des services jusque-là difficiles à mobiliser localement, ou d’un commissariat permettant de rapprocher la sécurité publique des habitants.

Se libérer, à Makokou, c’est aussi permettre à une commerçante de quitter un espace précaire pour exercer son activité dans un marché structuré. C’est permettre à un entrepreneur d’accéder plus facilement à un établissement financier. C’est offrir aux assurés sociaux une agence CNSS et un centre médico-social. C’est mettre à disposition de l’administration provinciale un bâtiment moderne plutôt que de demander aux fonctionnaires d’incarner l’efficacité de l’État dans des cadres dégradés. C’est précisément cette accumulation de réponses à des besoins différents qui donne de l’épaisseur à la séquence.
L’arrivée de la BCEG est particulièrement révélatrice. L’inclusion financière paraît moins spectaculaire qu’un défilé militaire, mais elle peut être bien plus structurante pour l’avenir d’un territoire. L’agence inaugurée le 29 août doit rapprocher financement et porteurs de projets, et la cérémonie a été accompagnée de remises de chèques à plusieurs entrepreneurs. À travers cette institution, le pouvoir cherche à établir un lien entre « Libération » et autonomie économique.

La route Makokou-Mékambo-Ekata s’inscrit dans la même logique. Les 144 engins mobilisés à quelques jours des festivités donnent corps à un projet attendu depuis longtemps. Lorsque les territoires restent isolés, ni les marchés, ni les banques, ni les mines, ni les investissements ne peuvent produire tout leur potentiel. Le désenclavement est donc peut-être la forme la plus fondamentale de libération économique pour l’Ogooué-Ivindo.
Le choix de Brice Oligui Nguema de rallier lui-même Makokou par la route a renforcé cette lecture. Ce déplacement de près de dix heures a rencontré un écho favorable précisément parce qu’il rendait visible une réalité souvent dénoncée par les habitants de l’intérieur : la distance et les difficultés de mobilité. La proximité présidentielle devenait ainsi moins protocolaire et davantage physique.
Le 30 août, cette « Libération du quotidien » a rencontré la Libération historique. En uniforme, le Président a présidé les honneurs militaires et la grande parade avant que civils, associations, secteurs professionnels et représentants des traditions locales ne prennent le relais. C’était une façon de raconter que l’événement de 2023 appartient désormais à un récit que le pouvoir veut collectif. La présence du peuple Bakoya, des majorettes de Mékambo et de Makokou et des différentes composantes de la société a contribué à territorialiser davantage la cérémonie.

Mais le discours présidentiel du 30 août a également introduit une notion essentielle : la responsabilité. En annonçant 55 milliards de FCFA pour la santé tout en exigeant une meilleure qualité de service, puis en révélant l’ampleur des irrégularités relevées dans l’audit de la Fonction publique, Brice Oligui Nguema a posé une équation nouvelle : investir davantage ne suffira plus si l’administration ne produit pas de résultats.
C’est peut-être finalement la grande leçon de Makokou. Trois ans après 2023, la Libération ne peut plus seulement être jugée sur l’acte qui l’a fondée. Elle sera progressivement jugée sur ce qu’elle permet de boire, de soigner, de financer, de construire, de transporter, d’administrer et de créer. À Makokou, Brice Oligui Nguema a tenté de franchir ce cap. Le véritable juge sera désormais le temps.


