Le président de la République gabonaise, Brice Clotaire Oligui Nguema, a affiché mardi une fermeté sans équivoque face à un phénomène devenu endémique : l’orpaillage illégal. Reçu au Palais du Bord de mer, un parterre d’acteurs économiques et d’administrateurs du secteur aurifère a assisté à un discours d’ordre et de méthode, marquant la volonté du chef de l’État de refonder un pan stratégique de l’économie nationale.
Un secteur miné par l’illégalité
Deuxième ressource minière du pays après le manganèse, l’or gabonais reste pour une large part exploité dans l’ombre. Des centaines de sites illégaux, principalement situés autour de Ndjolé, Makokou ou Mitzic, échappent à tout contrôle administratif. Ces exploitations clandestines priveraient le Trésor public de plusieurs dizaines de milliards de francs CFA chaque année et provoqueraient une dégradation alarmante des écosystèmes.
« Il n’est plus acceptable que notre or enrichisse des réseaux parallèles pendant que l’État et les populations locales n’en voient pas les retombées », a déclaré le président, selon une source proche de la présidence.
Depuis plusieurs mois, les autorités ont intensifié les opérations de terrain. Des dizaines d’orpailleurs illégaux ont été interpellés, pour la plupart étrangers, et près d’un milliard de francs CFA d’or brut saisi, preuve de l’ampleur du trafic.
Une réforme structurelle et souveraine
Le plan présidentiel vise à instaurer une gouvernance rigoureuse et transparente du secteur. Oligui Nguema a ordonné un audit complet du secteur aurifère, la mise en place d’un système de surveillance satellitaire, et le retrait immédiat des permis en cas d’infraction.
Les exploitations artisanales non encadrées seront désormais interdites, et les opérateurs autorisés devront justifier d’une caution bancaire.
Autre changement d’envergure : le raffinage local de l’or deviendra obligatoire, afin de maximiser la valeur ajoutée sur le territoire national. Une grille nationale des prix sera également introduite pour stabiliser le marché. Enfin, les recettes minières devront désormais être inscrites dans le budget de l’État, dans un souci de transparence et de traçabilité.
La souveraineté économique au cœur du projet présidentiel
Cette réforme s’inscrit dans la stratégie de souveraineté économique portée par Oligui Nguema depuis son accession à la magistrature suprême. Le président entend rompre avec des décennies de gestion opaque et replacer les ressources nationales au centre du développement.
Pour le géologue gabonais Jean-Philippe Ndong, « si la réforme est appliquée avec rigueur, elle pourrait enfin faire de l’or un levier de développement durable pour les communautés rurales, au lieu d’une source d’exploitation anarchique ».
Un test d’autorité pour le président
La lutte contre l’orpaillage illégal revêt une portée politique certaine. Elle constitue un test de l’efficacité de l’administration gabonaise et de la capacité du pouvoir à imposer la loi sur l’ensemble du territoire.
En plaçant la question aurifère au cœur de sa politique économique, Brice Clotaire Oligui Nguema cherche à démontrer que le Gabon peut, enfin, maîtriser ses richesses et en faire un instrument de souveraineté et de prospérité partagée.


