Dans un entretien accordé à la plateforme française Brut, l’ancien coordinateur général des affaires présidentielles, Noureddin Bongo Valentin, a nié toute responsabilité dans les dérives du régime Bongo et toute possession de fonds à l’étranger. Mais plusieurs éléments, dont un témoignage audio et des vidéos circulant sur les réseaux, viennent contredire ses propos.
C’est la première apparition médiatique de Noureddin Bongo Valentin depuis la chute de son père, Ali Bongo Ondimba, en août 2023. Face à Brut, le fils de l’ancien chef d’État gabonais tente de livrer sa version de l’histoire : celle d’un homme injustement accusé et victime d’un système judiciaire qu’il juge “inéquitable”. Il affirme n’avoir “aucun milliard dans les pays du Golfe” et assure n’avoir joué aucun rôle central dans le fonctionnement du pouvoir. Des déclarations que plusieurs observateurs jugent difficiles à concilier avec les faits connus du dossier.
Un audio attribué à son ami d’enfance, Abdoul, et présenté comme authentifié, évoque au contraire l’existence de fonds placés à l’étranger. Cette contradiction fragilise la défense de l’ancien héritier, d’autant plus qu’elle s’ajoute à un passif politique lourd : sous le régime Bongo, la justice était largement perçue comme un instrument de répression. Des figures comme Brice Laccruche Alihanga, Bertrand Zibi Abeghe ou Jean Rémy Yama ont été poursuivies et détenues dans des conditions dénoncées à l’international. Voir aujourd’hui Noureddin Bongo dénoncer la même justice interroge sur sa sincérité.
Autre point de tension : ses propos sur la prison centrale de Libreville, qualifiée par lui “d’enfer sur terre”. Dans une vidéo fuitée, on l’entend pourtant échanger calmement avec le président Brice Oligui Nguema, qui lui rappelle que les Bongo-Valentin étaient “gardés à la présidence” et “traités convenablement”. Noureddin ne contredit pas ces propos. Pour plusieurs analystes gabonais, cette absence de réaction démontre un écart entre le récit public et la réalité de sa détention.
Entre volonté de se justifier et tentative de reconfiguration d’image, cette prise de parole soulève plus de questions qu’elle n’en résout. En cherchant à se présenter comme victime d’un système qu’il a lui-même incarné, Noureddin Bongo Valentin s’expose à voir son discours se retourner contre lui. À l’heure où le Gabon tente de refermer la parenthèse Bongo, sa sortie médiatique apparaît moins comme un acte de vérité que comme une opération de communication risquée, révélatrice des tensions d’un ancien pouvoir qui peine encore à assumer son héritage.
