En attendant l’examen du projet de la nouvelle constitution au Parlement, des sources bien informées ont révélé plusieurs des principales innovations du texte. Sauf désaveu des experts du Comité constitutionnel par les parlementaires, la future loi fondamentale devrait acter la suppression du poste de Premier Ministre, renforçant ainsi le régime présidentiel. Raymond Ndong Sima pourrait donc être le dernier à occuper ce poste.Cette réforme, justifiée par la volonté de redistribuer les rôles entre les pouvoirs exécutif et législatif, pourrait cependant avoir des effets secondaires. En plus d’alourdir l’agenda du chef de l’État, elle pourrait affaiblir sa position sur la scène politique. En résumé, cette manœuvre comporte des risques notables.
Contexte et prétexte
Jugé encombrant et inefficace, le poste de Premier Ministre ne fait pas l’unanimité dans le paysage institutionnel gabonais. Dans le débat actuel sur la restauration des institutions, sa cohabitation avec le Président de la République au sommet de l’exécutif est défavorable. Perçu par l’opinion publique comme un fusible politique, le rôle du Premier Ministre oscille entre faire-valoir et bouc émissaire, limitant son influence malgré son statut de patron de l’administration. De nombreux responsables des régies financières et pétrolières échappent à son contrôle. Jean Eyeghe Ndong, dernier Premier Ministre d’Omar Bongo, affirmait d’ailleurs que certains Directeurs Généraux étaient plus puissants que lui.
En réalité, le titre de Chef du Gouvernement a une valeur symbolique. Les grandes orientations et décisions de la gouvernance publique sont prises par le cabinet présidentiel. Léon Mébiame, Premier Ministre sous le parti unique, affirmait lui-même n’avoir jamais réellement gouverné. Les partisans du régime présidentiel soutiennent que la suppression de la Primature mettrait fin à cette hypocrisie politique. Cela renforcerait les pouvoirs du Président de la République, le rendant pleinement responsable de ses choix et de son bilan. Le retrait de la Primature vise également à simplifier la gouvernance publique et à fluidifier le circuit administratif, permettant au Chef de l’État de s’impliquer directement dans la gestion quotidienne du pays. Toutefois, cette réforme comporte aussi des risques.
Les effets indésirables
En concentrant tous les pouvoirs exécutifs, le Chef de l’État s’expose à plusieurs risques. Premièrement, la disparition du poste de Premier Ministre alourdira son agenda. Le régime présidentiel consacrera le Chef de l’État comme l’homme à tout faire, entre la mise en œuvre de son projet de société et la gestion des crises sectorielles. Il devra surveiller la croissance économique tout en s’occupant des affaires quotidiennes des Gabonais et de la politique extérieure.
Deuxièmement, le régime présidentiel sans Premier Ministre expose le Chef de l’État à des risques politiques. Face aux critiques de l’opposition et de la société civile, il devra assumer directement ses choix et positions sans le bouclier de la Primature. Jusqu’à présent, il suffisait de nommer un nouveau Premier Ministre pour tempérer les contestations. Désormais, en cas de critiques sévères, il devra choisir entre se conformer ou s’entêter, avec tous les risques que cela implique.
Comparaison n’est pas raison
Le régime présidentiel sans Premier Ministre a peu de succès dans l’espace francophone africain, à l’exception notable du Bénin de Patrice Talon. L’expérience sénégalaise est souvent citée : après sa réélection en 2019, Macky Sall a supprimé le poste de Premier Ministre, renforçant le caractère présidentiel du régime. Cependant, cette réforme l’a désavantagé, et le poste a été rétabli en décembre 2021.
Toutefois, il ne faut pas transposer cette expérience au Gabon sans tenir compte de son contexte spécifique. Le Général Brice Clotaire Oligui Nguema admire Jerry John Rawlings, ancien Chef d’État du Ghana, un pays avec un régime présidentiel stable et démocratique depuis des décennies. Le Ghana est souvent cité comme un exemple de stabilité politique en Afrique subsaharienne.
Malgré tout, chaque peuple doit décider de sa constitution en fonction de son histoire et de son contexte socio-culturel. Au-delà des références internationales, le futur régime politique du Gabon doit être adapté aux réalités locales. Sinon, la suppression du poste de Premier Ministre pourrait avoir des effets secondaires indésirables. Comme en médecine, ces effets surviennent lorsque la composition ou la posologie du médicament n’est pas adaptée au mal traité.
